26.05.2008

Crise alimentaire mondiale

Encore un article qui nous assène la même vérité : la hausse des prix des aliments n'est pas un "hasard passager" de l'économie mondiale. C'est à un problème structurel que l'on a affaire. Le rapporteur de l'Onu, Olivier de Schutter,  a tenu un discours très clair à ce sujet, rapporté par Libération du 22 mai 2008 :

http://www.liberation.fr/actualite/economie_terre/327632....1528563933.jpg Photo Reuters / Article AFP

Le rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l'alimentation, Olivier de Schutter, a demandé aujourd'hui ,devant le Conseil des droits de l'homme de l'ONU, le gel des investissements et des subventions en faveur de la production d'agrocarburants.
Une telle décision enverrait "un signal fort" aux marchés et freinerait la spéculation sur les denrées alimentaires, a fait valoir Olivier de Schutter devant le Conseil, réuni en session extraordinaire à Genève pour traiter des conséquences sur les droits de l'homme de la crise alimentaire mondiale.

Olivier de Schutter a succédé au début du mois au précédent rapporteur sur le droit à l'alimentation, le Suisse Jean Ziegler, qui avait qualifié la politique en faveur des biocarburants de "crime contre l'humanité".

Le nouveau rapporteur a lui aussi estimé que les biocarburants sont "un facteur de poids" contribuant à la hausse des prix des aliments en occupant des terres arables qui pourraient être consacrées à des cultures vivrières.

Cent millions d'hectares seraient nécessaires pour produire 5% des carburants en 2015, et cela "est tout simplement insupportable", a-t-il déclaré. Il a qualifié d'"irréalistes" les objectifs des Etats Unis de 36 milliards de gallons (136 milliards de litres) de biocarburants pour 2022, et de l'Union européenne de 10% de biocarburants pour les transports en 2020.

"En abandonnant (ces objectifs), nous enverrions un signal fort aux marchés que le prix des récoltes de denrées alimentaires ne va pas monter indéfiniment, décourageant ainsi la spéculation", a-t-il dit.

Les Etats Unis et l'Union européenne ont décidé de favoriser la production de carburants verts en faisant valoir qu'ils sont moins polluants que les énergies fossiles. En outre l'envolée des prix du pétrole les rend plus attractifs.

Les biocarburants, produits à partir de cultures alimentaires (blé, soja, maïs, etc.) sont cependant accusés de détourner des productions de leur finalité première, nourrir les humains et les animaux, et d'accélérer la déforestation.

Devant le Conseil, la Commissaire de l'ONU pour les droits de l'homme, Louise Arbour, a pour sa part dénoncé "la convergence perverse de plusieurs facteurs" à l'origine de la crise alimentaire mondiale.

Elle a notamment critiqué "les distorsions dans l'offre et la demande, les pratiques commerciales discriminatoires et les politiques biaisées incluant des stimulants et des subventions". "Une incapacité à réagir d'une manière globale pourrait provoquer un effet domino sur les droits à la santé et à l'éducation", a -t-elle averti
.
"La crise alimentaire n'est pas une catastrophe naturelle, elle a des causes politiques", a souligné de son côté Olivier de Schutter.